7 H 00, les draps sont en boule
dans le couloir et les soutes du bus attendent les bagages. Ça se presse, ça se
bouscule : aucun retard ne sera toléré. Aucun retard n’est à déplorer.
Mais qui se presse et se
bouscule oublie. Heureusement, donc, que les professeurs aux yeux de lynx surpuissants
repassent dans chaque chambre, car si les couettes sont admirablement pliées et les tapis de bain soigneusement étendus,
elles y trouvent mille trésors esseulés (multiprise, dentifrice, peigne,
chargeur, trousse de toilette, brique de jus de fruit, etc.) et restent sans
voix devant un sèche-cheveux encore branché !
Au bout de deux heures d’une
route au trafic banalement dense, nous arrivons dans le centre de la Capitale,
où là, par contre, ça bouchonne sévère et agace grandement le chauffeur qui se
doit d’immobiliser rapidement son véhicule pendant 9 heures avant le grand
départ. Et soudain, c’est le drame. Alors que le bus tente péniblement de
rallier la rive droite afin de mieux revenir sur la rive gauche, la voiture
juste devant nous ne redémarre pas : la panne pour l’une, la tuile pour
l’autre. Les professeurs, qui préfèrent l’action aux lamentations, font alors preuve
d’une vaillance inouïe. Elles sautent du bus, se retroussent les manches et,
pendant que l’une bloque la circulation, les autres poussent la voiture
gênante. Épique.
Une fois les grilles du Muséum
d’Histoire Naturelle franchies et la tournée des pipis accomplie, nous
traversons le Jardin des plantes au pas de course, car le programme du petit
bout de matinée qu’il nous reste est chargé. Trop chargé, d’ailleurs. C’est
pourquoi, nous nous contentons de découvrir les Arènes de Lutèce – une
« visite », sachez-le, hautement dispensable – puis la Grande Mosquée
de Paris. Seul un groupe parvient à en franchir le seuil, mais guère à en faire
le tour (il aurait fallu réserver). Les élèves peuvent toutefois admirer la
cour centrale avec ses bassins, ses portiques à arcades, sa grande porte en
bois sculpté, ses faïences et sa fraicheur. Ils sont ravis, car la grande
majorité d’entre eux n’avait « jamais vu en vrai » un lieu de culte
musulman.
Retour dans le Jardin des
plantes. Pique-nique entre deux bourrasques de poussière devant la Galerie de Paléontologie
et d’Anatomie Comparée. C’est l’heure. Madame Delhon trépigne. Elle stresse
aussi. Nous stressons toutes : et si l’on refusait de nous faire entrer ? Comme
nous n’avons pu nous déclarer « groupe scolaire » à la réservation
(effectuée la veille du départ), nous avons tous des billets individuels – chacune
des enseignantes accompagnant un groupe, telles cinq mamans avec leurs 8
enfants ; sans parler des 10 élèves restants, en totale autonomie sur le
papier, qui risquent de se faire refouler en raison de leur bouille juvénile.
Finalement, personne n’est dupe et tout le monde entre sans aucune difficulté !
Un lieu superbe, en plus d’être passionnant. La majorité des élèves, conquise
autant par le contenant que par le contenu (ou que par l’écrin et le bijou, si
vous préférez) regarde, observe, s’interroge, pose des questions, s’exclame, écoute,
s’offusque, s’étonne, tandis qu’une minorité, trop nombreuse à notre goût, erre
sans but, ni intérêt, bouclant la visite en 10 minutes top chrono. En d’autres
termes, pendant que les uns, pris d’un fol enthousiasme, partent à la recherche
du pangolin ou se remémorent avec émotion leur leçon sur le cynthiacetus
(une sorte d’ancêtre de la baleine), les autres ne visent que les bancs ou,
pire, se mettent à courir entre les squelettes et les vitrines (j’vous
jure !) pour simuler un quelconque engouement quand Mme Delhon, afin de
les sortir de leur torpeur, les envoie à la recherche d’une espèce improbable.
Grrrr. Disons que nous retiendrons l’émerveillement des premiers.
Comme nous avions pris le soin
de réserver en « décalé », histoire de ne pas faire trop
« groupe scolaire », les premiers à quitter la Galerie s’offrent une
flânerie dans les jardins du Luxembourg avant d’aller saluer Notre-Dame. Puis,
nous convergeons tous vers le Panthéon où nous attend une ancienne élève
désormais lycéenne rue Saint-Jacques.
Petit temps libre sur une
portion du boulevard Saint-Michel (du shooopping !) avant de gagner la
Conciergerie. L’Ile de la Cité est parée d’un impressionnant dispositif de
sécurité en raison du procès des attentats de 2015 qui s’y déroule actuellement ;
nous le franchissons sans encombre et entrons dans l’ancien Palais royal qui
abrite le cachot de Marie-Antoinette, ultime demeure de la reine déchue. Là
encore, notre joyeux groupe souffre d’une dichotomie sévère. Et pourtant, les
explications sont aussi claires que celles de leur professeur d’histoire (c’est
dire) et la muséographie formidable : une tablette interactive donne vie
aux différentes pièces que nous traversons grâce à des reconstitutions animées
très réalistes et propose anecdotes et chasse aux trésors. Tant mieux pour ceux
qui ont su en profiter.
Reprise de la balade
urbaine jusqu’à Beaubourg, où un autre temps libre est accordé (encore du
shopping, c’est trop la fête !), avant de rejoindre le restaurant rue de
Rivoli. Nous y prenons notre dernier repas et entonnons « un joyeux
anniversaire » pour célébrer le 14ème printemps de l’une de nos
demoiselles : elle est surprise et impressionnée, car si la bougie manque
au gâteau, l’acoustique toute singulière du lieu lui offre, de cet Happy
Birthday improvisé, une interprétation puissante digne des chœurs de
l’Armée Rouge.
Le jour décline. Jardins des
Tuileries, place de la Concorde, bus. Paris, c’est fini.
1ère série de photos :
Grande Mosquée
Muséum d'Histoire Naturelle
Galerie de Paléontologie et d'Anatomie comparée

Le Panthéon
La Conciergerie

Hôtel de ville
Comptage à Beaubourg
Assemblée nationale depuis le Pont de la Concorde